Il s’avère que le parcheminage n’est pas une science exacte ! Le résultat final dépend de moult critères qui interviennent tout au long des opérations et un même procédé peut donc donner des résultats bien différents. Ainsi la qualité du parchemin sera fonction de la qualité de la peau (épaisseur – âge de l’animal – cicatrices – tâches diverses….) de la qualité de l’eau (il est préférable d’utiliser l’eau de pluie), de la qualité de la chaux, des conditions atmosphériques, de l’humidité ambiante…..

Je vous expose ici la façon dont je fabrique mes parchemins. Cette méthode est le résultat de l'étude de textes anciens (l’encyclopédie Diderot et D’Alambert, La description des arts et métiers (Tome III) de l’académie royale 1775, et de traités de tannage) et de plusieurs mois d'essais plus ou moins concluants avant d'obtenir un résultat satisfaisant et répondant à mes attentes, c'est à dire un parchemin naturel au plus proche de ce qui se faisait autrefois, lorsque la pratique l'emportait sur l'esthétique.

        La peau

Utiliser de préférence des peaux d’animaux jeunes qui seront moins épaisses et moins grasses: agneaux ou chevreaux
Le vélin est la peau de l’animal mort-né ou de moins de 6 semaines. La peau est plus fine et plus claire, sa préparation sera plus rapide.
Je n’utilise pas le veau car la peau est plus épaisse et l’on ne trouve plus de fer à raturer qui permette de la désépaissir correctement (avis personnel !)
Le côté poil (ou laine) est dit "côté fleur", l'autre côté est le "côté chair"
La peau peut-être conservée avant d’être travaillée, soit salée, soit séchée. Dans tous les cas, il faut bien surveiller au début que des parasites ne viennent pas s’installer sur la peau….. ! Si la peau a été salée ou séchée après l’abat de l’animal, il faut la reverdir, c'est-à-dire lui redonner son aspect initial. Pour cela on la laisse tremper jusqu’à ce qu’elle redevienne aussi souple qu’une peau fraîche.

Pour une meilleurs compréhension vous pourrez visionner les petites vidéos jointes en cliquant sur l'image en regard du texte.

La trempe ou le reverdissage :

     Dès que la peau est enlevée de l’animal, il faut la mettre à tremper dans de l’eau de pluie ou l’eau courante d’une rivière pendant quelques heures, puis on la lave bien pour en faire sortir le sang caillé et nettoyer la laine ou le poil, après quoi, on la laisse s'égoutter.

   

L’enchaucenage :

   Consiste à faire tomber la laine ou le poil. Pour cela on prépare un lait de chaux.
Pour une peau de chevreau ou d'agneau prévoir 1 litre d'eau est largement suffisant. Ajouter par petites quantités la chaux vive à raison de 400gr/Litre, et remuer de façon à dissoudre la chaux.

     Puis il faut recouvrir de ce lait de chaux la peau côté chair,  puis la plier en deux dans le sens de la longueur. On peut ainsi en empiler plusieurs. On laisse reposer une nuit (12heures),     


      Lorsque que l'on constate que le poil ou la laine s'enlève facilement, on rince bien la peau pour enlever le résidu de chaux et on la laisse s'égoutter avant de procéder à la pelée.
     On peut arracher le poil ou la laine à la main... c'est assez long et fastidieux. J'ai trouvé dans un vieux traité de tannage que dans certaines régions ils utilisaient une pierre à aiguiser pour frotter la peau... J'ai essayé.... Ca marche et c'est bien plus facile !

     Un premier grattage consiste à enlever le plus de déchets possible en passant un fer à écharner de chaque côté de la peau. Attention à ne pas rayer ou déchirer le côté fleur

     On peut trouver des fers à écharner chez des brocanteurs ou sur des foires à la brocante, notamment dans les secteurs connus pour l'implantation de tanneries. Il s'agit de fer dont la lame est incurvée et légèrement relevée aux extrémités.
J'ai trouvé les miens sur une foire à la brocante, le camelot me les a présenter pour être des hachoirs à persil !!!

Les pelains

    
1er Pelain : (1jour de trempe suivi de 2 jours de retraite)
On commence par un pelain mort, c'est-à-dire une eau de chaux légère ou déjà usée à raison de 2gr de chaux/Litre. Je laisse tremper la peau de 1 jour  puis je la mets en retraite pendant 2 jours. Pour cela je plie la peau en deux dans le sens de la longueur et je la place sur un plan incliné pour que l’eau chaulée s’écoule et retourne dans le pelain.

     2ème Pelain :  (2 à 3 jours de trempe suivi de 3 jours de retraite)
On utilise un pelain moins usé en ajoutant 5gr de chaux/L à notre premier pelain.
Si le premier pelain est très sale, en faire un nouveau en dosant à 7gr de chaux/L

     3ème Pelain :  Alternance de 2 jours de trempe / 3 jours de retraite)
Je préfère faire un nouveau pelain qui sera plus fort à raison de 12gr de chaux/L. Généralement pour un chevreau cela suffit. Pour une peau plus grasse comme l'agneau il faut renouveler ce pelain en ajoutant 5gr de chaux/l à chaque fois parfois jusqu'à 4 ou 5 reprises.

Il convient de surveiller l’effet du pelain, l’opération sera terminée lorsque l’on peut enlever les chairs avec l’ongle. Il faut donc vérifier après chaque mise en retraite pour voir si les chairs s’enlèvent ou pas….

Nota: S'il fait très chaud la peau peut sécher trop vite lors de sa mise en retraite. Il faut alors écourter ce temps de façon à ce qu'elle ne sèche pas complètement.

 

La herse :  

     J'ai fabriqué ma herse avec 4 madriers. Il faut prévoir une section assez importante et renforcer les angles car la force que va exercer la peau est très importante et peut déformer le cadre s'il n'est pas suffisamment solide et rigide.
     Prévoir des morceaux de ficelle assez long et quelques petites chevilles de bois.

   Comment fixer les chevilles de bois

     Faire 2 petites fentes dans la peau et y glisser la cheville de bois. Lorsque c'est possible replier la peau sur la cheville puis passer la ficelle en croix.

Pour de grandes brochettes, on peut faire 4 fentes dans la peau, ou  mettre une ficelle à chaque extrémité reliée à deux chevilles distinctes.

     Il existe une autre façon en ne faisant qu'une seule entaille dans la peau que je décris dans la vidéo.   

    Pour tendre la peau il faut tirer de façon équilibrée sur les 2 bouts de la ficelle, si possible perpendiculairement à la cheville de bois.
Il faut aussi que la peau soit bien mouillée pour qu'elle s'étire plus facilement.

     Pour attacher la ficelle il faut croiser les deux bouts et les enrouler autour du clou puis faire un solide noeud.

 

Echarnage :

    

     L'écharnage consiste à enlever les éventuels morceaux de chair et de graisse encore adhérent sur la peau.

     On écharne la peau à l’aide du fer à écharner en ayant soin de ne pas la griffer ou la percer.

     On humidifie la peau régulièrement à l’aide d’un chiffon pour renouveler l’opération jusqu’à ce qu'il n'y est plus de résidu graisseux ou de chair et jusqu'à ce que l’eau qui en ressort soit claire.

     Personnellement je passe aussi le fer du côté fleur par un passage léger, sans trop appuyer pour ne pas risquer de la rayer.

 

Le ponçage : 

    
Après séchage on termine par un ponçage au papier de verre n° 240, puis 600 pour terminer avec un  n° 1000.
(on trouve ces papiers de verre dans les magasins d'accessoires auto)

    On termine en essuyant la peau avec de la laine de mouton.

    Pour le côté fleur, on ne ponce qu'avec le papier n° 1000.

     On peut alors démonter de la herse la peau devenue parchemin.

 

Pour info: Certaines méthodes énonce la possibilité de traiter la peau au groison. J'ai testé mais je ne trouve pas le résultat très probant et je ne le fais donc plus, je préfère garder mon parchemin naturel.

Je vous livre quand même la façon de faire si vous voulez tenter l'affaire....

Le groison :  Le groison désigne la craie dont on va recouvrir la peau. J’utilise du blanc de Meudon.
                     Mettre le groison côté chair sur la peau humide puis poncer à l’aide d’une pierre ponce pour écraser et faire pénétrer  le groison. On peut également passer la pierre ponce côté fleur mais sans y mettre de groison, celui adhérent sur la pierre étant suffisant. Puis on laisse sécher.
Une fois sec, on enlève le groison et on humidifie la peau à l’aide d’un chiffon puis avec le fer à écharner, on racle la peau pour en faire ressortir l’eau, On l’humidifie côté fleur (parfois il faut retendre davantage la peau) et on racle pour en faire ressortir l’eau jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus  à sortir. C’est cette opération qui permet de blanchir la peau.

  

 Copyright © 2005[enluminures celtes]. Tous droits réservés.
Révision : Août 2026.